En bref
- Une étude récente révèle que le vaccin contre le zona (Zostavax) réduit de 29,5 % le risque de décès par démence chez les patients déjà diagnostiqués.
- L’effet protecteur est plus marqué chez les femmes et pourrait s’expliquer par une diminution de l’inflammation du système nerveux.
- Ces résultats ouvrent une piste thérapeutique inattendue, mais les mécanismes exacts restent à élucider.
- Shingrix, le vaccin recombinant plus récent, pourrait offrir une protection encore plus forte, selon des travaux complémentaires.
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Le vaccin contre le zona : un bouclier insoupçonné contre la démence ?
Et si un vaccin conçu pour prévenir une éruption cutanée douloureuse pouvait aussi freiner l’une des maladies les plus redoutées du vieillissement ? C’est l’hypothèse audacieuse – mais étayée – qu’avance une étude publiée en décembre 2025 dans Cell. Le vaccin contre le zona (Zostavax), utilisé depuis des années pour protéger les seniors, semble réduire significativement le risque de décès par démence chez les patients déjà atteints.
Une lueur d’espoir dans un paysage médical encore trop désertique. La démence, dont la maladie d’Alzheimer représente 60 à 70 % des cas, est la 5ᵉ cause de mortalité mondiale chez les plus de 65 ans. Les traitements actuels ? Des médicaments comme le donépézil ou le lécanémab, qui atténuent les symptômes sans stopper la progression de la maladie. Alors, quand une solution aussi simple qu’un vaccin existant émerge, l’attention se braque.
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Une expérience naturelle : quand la politique de santé devient une aubaine scientifique
L’étude galloise a tiré parti d’une situation unique. En 2013, le Pays de Galles a lancé une campagne de vaccination contre le zona… mais avec une règle arbitraire : seuls les 79 ans étaient éligibles au Zostavax (vaccin vivant atténué), tandis que les 80 ans et plus en étaient exclus. Résultat ? Deux groupes quasi identiques, séparés par une simple année d’âge et un accès différent au vaccin.
Les chercheurs ont analysé les dossiers de 282 541 adultes gallois sur 9 ans. Leurs conclusions sont frappantes :
- 29,5 % de risque en moins de mourir de démence chez les vaccinés.
- 3,1 % de réduction du risque de développer une déficience cognitive légère.
- Un effet plus prononcé chez les femmes (pourquoi ? On y revient plus bas).
Une différence d’un an d’âge a suffi à révéler un impact majeur. Comme si le vaccin avait agi comme un frein invisible sur la progression de la maladie.
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Zona et démence : le lien surprenant de l’inflammation
Comment un vaccin contre une infection virale peut-il protéger le cerveau ? Les chercheurs avancent deux pistes, toutes deux liées à l’inflammation :
- Le virus qui se cache dans les nerfs
Après une varicelle, le virus varicelle-zona (VZV) reste dormant dans les ganglions nerveux. Quand il se réactive (zona), il provoque une inflammation chronique des nerfs, qui pourrait accélérer la neurodégénérescence. Le vaccin, en prévenant cette réactivation, limiterait les dégâts.
- Un système immunitaire boosté
Le Zostavax stimule les lymphocytes T, des cellules immunitaires qui pourraient aussi nettoyer les plaques amyloïdes (ces dépôts toxiques dans le cerveau des patients Alzheimer). Une hypothèse soutenue par des études sur des souris, mais pas encore prouvée chez l’humain.
Mais attention : ces mécanismes restent des hypothèses. L’étude montre une corrélation, pas une causalité. Comme le résume le Dr. Pascal Millet, neurologue : « C’est comme voir moins d’incendies dans une ville où les pompiers sont plus nombreux. Est-ce qu’ils éteignent les feux, ou est-ce qu’ils patrouillent juste plus ? »
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Zostavax vs Shingrix : lequel choisir pour protéger son cerveau ?
L’étude a porté sur le Zostavax, un vaccin à virus vivant atténué, aujourd’hui moins utilisé. Depuis 2017, c’est le Shingrix (vaccin recombinant) qui domine le marché. Et bonne nouvelle : une étude publiée en 2024 dans Nature Medicine suggère qu’il pourrait être encore plus efficace contre la démence.
Pourquoi ?
- Shingrix offre une protection à 90 % contre le zona (contre 50 % pour Zostavax).
- Il stimule une réponse immunitaire plus forte et plus durable.
- Il est sans virus vivant, donc plus sûr pour les personnes immunodéprimées.
Que faire si tu es concerné·e ?
- Si tu as plus de 50 ans : Parles-en à ton médecin. Même sans antécédent de zona, le vaccin pourrait t’apporter une protection supplémentaire.
- Si tu as déjà eu le Zostavax : Un rappel avec Shingrix est possible (et recommandé).
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Démence et vaccins : une piste prometteuse, mais pas une solution miracle
Ces résultats sont enthousiasmants, mais ils soulèvent aussi des questions cruciales :
- Shingrix a-t-il le même effet que Zostavax ? Aucune étude ne l’a encore testé directement.
- L’effet est-il le même chez les hommes ? Les femmes semblent plus protégées, peut-être à cause de différences hormonales ou immunitaires.
- Peut-on extrapoler ces résultats à d’autres pays ? Le Pays de Galles a une population homogène ; les résultats seraient-ils identiques en Afrique ou en Asie ?
Les chercheurs prévoient déjà un essai clinique randomisé pour répondre à ces interrogations. En attendant, cette découverte pourrait changer les recommandations vaccinales pour les seniors.
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Et maintenant ? Ce que tu peux faire dès aujourd’hui
- Vérifie ton statut vaccinal : Si tu as plus de 50 ans et que tu n’as pas eu le zona (ou le vaccin), c’est le moment d’en parler à ton médecin.
- Surveille les prochaines études : Les résultats sur Shingrix devraient tomber d’ici 2026-2027.
- Adopte un mode de vie « anti-inflammatoire » : Une alimentation méditerranéenne, du sport et un sommeil de qualité pourraient potentialiser les effets du vaccin.
La démence n’a pas encore de remède, mais chaque avancée compte. Et si la solution venait d’un vaccin qu’on utilise déjà depuis des années ?
À toi de jouer : Et si on commençait à voir les vaccins comme des outils de prévention bien plus larges qu’on ne le pensait ? 🧠💉



