En bref
- Des lunettes IA grand public scannent ton visage en temps réel et teidentifient via LinkedIn ou les réseaux sociaux, sans ton consentement. Une violation flagrante du RGPD, rendue possible par la discrétion de ces dispositifs.
- Malgré les régulations européennes les plus strictes au monde, ces technologies contournent les lois grâce à leur rapidité et leur accessibilité. Meta (799 $) et Alibaba (~268 $) les démocratisent, ouvrant la porte à des usages malveillants.
- Comment se protéger ? Des parades low-tech (lunettes réfléchissantes) et des pistes réglementaires (transparence obligatoire, limitations logicielles) existent, mais aucune n’est infaillible.
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🔍 Ton visage scanné en 3 secondes : bienvenue dans l’ère de la transparence forcée
Tu marches dans la rue. Un inconnu te sourit, t’aborde par ton prénom, cite ton employeur et ton dernier poste. Pas de magie : juste une paire de lunettes connectée à une IA qui a croisé ton visage avec des données publiques. C’est ce qu’a démontré Alexander Klöpping, journaliste néerlandais, avec des lunettes IA « grand public ». En quelques secondes, il a identifié des passants à leur insu, accédant à leurs profils LinkedIn et informations professionnelles.
Ce scénario n’a rien de fictif. C’est la réalité en Europe, en 2025, malgré le RGPD et la Loi sur l’IA de l’UE – censés protéger tes données biométriques. Le problème ? Ces régulations ont été conçues pour des systèmes centralisés (comme les caméras de surveillance policières), pas pour des dispositifs discrets, instantanés et portés par n’importe qui.
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🚀 Pourquoi cette technologie explose maintenant (et pourquoi il est trop tard pour l’interdire)
1️⃣ L’IA + les données publiques = un cocktail explosif
Les lunettes de Klöpping ne s’appuient sur aucune base de données gouvernementale. Elles combinent :
- La reconnaissance faciale (via des APIs commerciales comme Face++ ou Amazon Rekognition).
- Des données accessibles à tous (LinkedIn, réseaux sociaux, annuaires professionnels).
Résultat ? Un simple script suffit pour identifier un inconnu en quelques secondes. Voici comment ça marche :
// Exemple : comment identifier un inconnu en 3 étapes
const identifyStranger = async (faceImage) => {
// 1. Reconnaissance faciale (API tierce)
const faceId = await faceRecognitionAPI.detect(faceImage);
// 2. Recherche dans les bases publiques
const linkedInProfile = await searchLinkedIn(faceId);
// 3. Retour des infos personnelles
return {
name: linkedInProfile.name,
job: `${linkedInProfile.title} chez ${linkedInProfile.company}`,
profileUrl: linkedInProfile.url
};
};
Le RGPD exige un consentement explicite pour traiter tes données biométriques. Mais comment demander ton accord quand l’identification prend 3 secondes et que tu ignores même être scanné ? La loi est impuissante face à cette instantanéité.
2️⃣ Meta et Alibaba transforment l’essai (et le marché)
Deux géants ont lancé des lunettes IA en 2025, avec des approches radicalement différentes :
| Modèle | Prix | Fonctionnalités | Cible |
|---|---|---|---|
| Ray-Ban Meta | 799 $ | Écran intégré, contrôle gestuel, IA embarquée | Early adopters premium |
| Quark AI (Alibaba) | ~268 $ | Reconnaissance faciale basique | Grand public |
Le prix d’Alibaba change la donne. À moins de 300 $, ces lunettes deviennent accessibles à tous – y compris à des usages douteux : harcèlement, espionnage industriel, ou même du doxxing en temps réel.
Un exemple concret ? En 2024, un utilisateur de lunettes IA a filmé discrètement une conférence et identifié tous les participants via LinkedIn, révélant leurs postes et employeurs. Aucune loi n’a pu l’en empêcher.
3️⃣ La Loi IA de l’UE : un garde-fou… qui arrive trop tard
La Loi sur l’IA de l’UE, entrée en vigueur en février 2025, interdit l’identification biométrique en temps réel dans les espaces publics… sauf exceptions (sécurité nationale, enquêtes criminelles).
Mais voici les failles :
- Elle ne couvre pas les usages civils (comme les lunettes de Klöpping).
- Elle repose sur l’auto-déclaration des fabricants (qui minimisent les risques).
- Son application est lente : les amendes mettent des années à tomber.
Preuve par l’exemple : En 2023, la CNIL a infligé 20M€ d’amende à Clearview AI pour collecte illégale de données biométriques. Résultat ? Clearview a continué à opérer en Europe… en se cachant derrière des « partenariats » avec des entreprises privées. La régulation est toujours en retard d’une guerre technologique.
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🛡️ Comment te protéger (et pourquoi c’est déjà trop tard)
1️⃣ Solutions low-tech (pour limiter les risques)
- Lunettes réfléchissantes : Des modèles comme les Reflectacles bloquent les caméras infrarouges utilisées par la reconnaissance faciale. Efficace à 80 % selon une étude de l’Université de Cambridge (2024).
- Masques partiels : Un foulard ou une casquette peut perturber les algorithmes, mais attention à ne pas attirer l’attention.
- Éviter les réseaux sociaux professionnels : LinkedIn est une mine d’or pour ces systèmes. Utilise des pseudonymes ou des photos floutées.
Astuce bonus : Certains activistes portent des masques « anti-IA » (comme ceux de la marque CV Dazzle), conçus pour tromper les algorithmes de reconnaissance faciale.
2️⃣ Ce que les régulateurs devraient faire (mais ne feront pas)
- Transparence obligatoire : Un voyant LED ultra-visible (pas un petit point discret) quand la reconnaissance faciale est activée.
- Limitations logicielles : Désactiver automatiquement la reconnaissance faciale dans certains lieux (écoles, hôpitaux, etc.).
- Sanctions immédiates : Amendes automatiques pour les fabricants qui ne respectent pas les règles (pas de délais de 2 ans).
Pourquoi ces mesures ne verront-elles jamais le jour ? Parce que les lobbies tech bloquent toute régulation contraignante. En 2024, Meta a dépensé 12M€ en lobbying à Bruxelles pour influencer la Loi IA.
3️⃣ Le vrai débat : faut-il accepter cette transparence forcée ?
Pascal Bornet, expert en vie privée, résume le dilemme :
« Quand chaque visage devient un ensemble de données, comment protéger le sens de ce qu’est être humain ? »
La question n’est plus « comment interdire ? » mais « comment vivre avec ? »
- Pour toi : Accepter que ta vie privée en public est un concept du passé ?
- Pour les entreprises : Intégrer le « privacy by design » dès la conception des wearables ?
- Pour les régulateurs : Trouver un équilibre entre innovation et protection… sans étouffer l’un ou sacrifier l’autre ?
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🎯 Conclusion : l’Europe a perdu, mais la bataille continue
Ce qu’il faut retenir : ✅ Les lunettes IA grand public contournent le RGPD et la Loi IA de l’UE grâce à leur discrétion et leur rapidité. ✅ Meta et Alibaba démocratisent la reconnaissance faciale, la rendant accessible à tous – y compris aux usages malveillants. ✅ Des solutions existent (lunettes réfléchissantes, transparence obligatoire), mais aucune n’est parfaite.
Et maintenant ?
- Si tu es un citoyen : Protège-toi avec des parades low-tech et limite ta présence en ligne. Ton visage est devenu une donnée publique.
- Si tu es un régulateur : Anticipe les usages « dual-use » (civil/malveillant) et renforce les obligations de transparence. La loi doit rattraper la tech.
- Si tu es une entreprise tech : Intègre le privacy by design dès maintenant… avant que les amendes ne tombent.
La vraie question n’est plus « peut-on interdire ? » mais « comment réguler une technologie qui a déjà gagné ? »
— 📌 Pour aller plus loin :
- Loi sur l’IA de l’UE (texte complet)
- Rapport de l’EDPB sur la reconnaissance faciale
- Étude « The Privacy Paradox in the Age of AI » (2024)
Tu as déjà croisé quelqu’un avec des lunettes IA ? Partage ton expérience en commentaire. 👇



